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05/11/2026 Analyse extra-financière

SFDR 2.0 : de l'affichage à la preuve

Appliqué depuis mars 2021, le règlement SFDR devait rendre plus lisible l'information sur la durabilité des produits financiers. Dans les faits, ses articles 8 et 9, conçus comme de simples catégories de publication, sont devenus des labels commerciaux, avec des définitions floues, des documents lourds et une comparabilité limitée entre les fonds. La Commission européenne a présenté en novembre 2025 une refonte du texte, dite SFDR 2.0. Elle est en cours de discussion au Parlement européen et au Conseil, pour une application qui ne devrait pas intervenir avant 2029.

Ce qui change
Le texte passe d'une logique de transparence à une logique de catégorisation. Un fonds qui met en avant la durabilité devra entrer dans l'une des trois catégories suivantes :

  • Transition (nouvel article 7) : des fonds investis dans des entreprises ou des activités qui ne sont pas encore durables, mais qui suivent une trajectoire de transition crédible (plans de transition, objectifs fondés sur la science, indices climatiques, engagement actionnarial).
  • ESG Basics (article 8) : des fonds qui intègrent des critères ESG au-delà des seuls risques de durabilité, sans viser forcément un objectif de transition ou de durabilité.
  • Durable (article 9) : des fonds investis dans des activités déjà considérées comme durables, avec des exigences de preuve plus fortes.

La proposition fixe un seuil de 70 % d'investissements éligibles, afin que la catégorie revendiquée soit au cœur du produit et non un simple complément. La déclaration des principales incidences négatives (PAI) au niveau de la société de gestion disparaîtrait, et ces informations garderaient un rôle plus ciblé au niveau de chaque produit. Enfin, le nom et la communication des fonds seront liés à leur catégorie, et un produit non catégorisé ne pourra plus faire de la durabilité son argument principal.

Le point de vue de la SFAF : une clarification attendue, un calibrage encore incertain
La SFAF a consacré une table ronde au sujet le 27 mai, réunissant des représentants de sociétés de gestion, d'investisseurs et de l'AMF. Les participants ont largement salué la clarification apportée par les catégories, tout en relevant plusieurs points de vigilance.
Le premier concerne la catégorie Transition. Elle répond à une critique ancienne de SFDR, qui valorisait surtout les entreprises déjà vertueuses et reconnaissait mal les efforts de décarbonation des secteurs très émetteurs comme l'énergie, l'industrie ou le transport. Tout dépendra cependant du niveau d'exigence retenu. Trop stricte, la catégorie restera marginale. Trop souple, elle ouvrira la porte au greenwashing. Le régulateur a voulu laisser de la place à l'innovation, mais certains critères, comme le « plan de transition crédible » ou le « track-record prouvé », restent très ouverts et pourront être interprétés différemment d'un pays à l'autre.
Le deuxième porte sur les données ESG, dont la qualité reste inégale, avec un recours croissant aux estimations, une forte dépendance aux fournisseurs de données et aucun cadre harmonisé pour encadrer ces derniers. Les participants s'inquiètent aussi de la simplification de la CSRD, qui pourrait réduire le nombre d'entreprises soumises à un reporting détaillé au moment même où les exigences pesant sur les investisseurs augmentent. La question se pose également pour les sociétés non européennes, qui ne publient pas toujours ces données.
Le troisième point est le calendrier. L'incertitude réglementaire qui dure depuis 2024 et l'horizon de 2029 conduisent les acteurs à « poser le crayon » sur leurs projets de finance durable, ce qui retarde d'autant le financement de la transition. Les participants demandent un cadre stable et harmonisé à l'échelle européenne. Enfin, la réforme devrait réduire le nombre de fonds pouvant se présenter comme durables. C'est un effet assumé par les autorités, mais il obligera les sociétés de gestion à revoir leur offre et à mieux justifier leur positionnement.

Le point de vue de l'EFFAS : dire moins, mais prouver plus
La commission ESG de l'EFFAS a publié le 25 septembre une note de position consacrée à la réforme, rédigée avec l'observatoire ESG de l'AIAF, l'association italienne. Son fil conducteur tient en une question : SFDR 2.0 peut-il aider le marché à en dire moins, mais à en prouver davantage ?
Pour l'EFFAS, l'enjeu n'est plus d'afficher une catégorie, mais de démontrer ce qu'elle recouvre. La crédibilité d'un produit de transition ne peut pas reposer sur le seul discours. Les plans de transition des entreprises doivent s'appuyer sur des objectifs clairs et datés, des indicateurs mesurables et des résultats observables dans l'économie réelle, avec des conséquences lorsque les progrès ne viennent pas. Le fonds doit de son côté pouvoir montrer sa stratégie d'escalade, ses votes et son suivi de l'engagement. La note insiste sur une distinction souvent négligée. Un portefeuille peut se décarboner simplement en vendant ses titres les plus émetteurs, sans que l'économie réelle ne se décarbone pour autant. Une stratégie de transition crédible doit donc expliquer comment l'allocation du capital et l'engagement font évoluer les entreprises. Sur ce dernier point, l'EFFAS privilégie la qualité de l'engagement plutôt que le nombre d'actions menées, pour éviter qu'il ne devienne un simple exercice de conformité.
L'EFFAS anticipe une progression des fonds article 9, jusqu'ici une niche, et juge plus incertain l'avenir des catégories 7 et 8. Elle cite une analyse de Morningstar selon laquelle beaucoup de fonds aujourd'hui classés article 8 ou 9 ne rempliraient pas automatiquement les nouveaux critères. Ce ne serait pas forcément un recul de la finance durable, mais des revendications moins nombreuses et plus crédibles. Reste à savoir si un produit non catégorisé pourra être perçu comme normal, ou s'il sera vu comme commercialement affaibli. Elle rejoint la SFAF sur la fragilité des données et ajoute un risque, celui de voir les fournisseurs de données devenir de fait ceux qui fixent les règles. Elle rappelle aussi que des documents plus courts ne suffisent pas à rétablir la confiance, et se demande si la responsabilité est réellement simplifiée ou seulement déplacée ailleurs dans le cadre réglementaire.
Elle appelle à finaliser la réforme le plus vite possible, avec clarté, simplicité et stabilité, en estimant que tout retard supplémentaire serait très préjudiciable. Elle insiste aussi sur les mesures de niveau 2, qui préciseront les indicateurs, les seuils et les exclusions, sur l'alignement des indicateurs de SFDR avec ceux des normes ESRS, et sur la transparence des estimations utilisées. Elle met enfin en garde contre une réforme trop centrée sur le climat, qui ferait passer au second plan la gouvernance, les droits humains et les enjeux sociaux.

Ce qu'il faut retenir
Les deux textes partagent le même diagnostic. La catégorisation est un progrès, mais sa réussite dépendra du calibrage des critères, de la qualité des données et de la rapidité de l'adoption. Ce n'est pas un hasard, puisque Jean-Philippe Desmartin, co-président de la commission ESG de l'EFFAS et co-auteur de sa note, est intervenu lors de la table ronde de la SFAF. L'EFFAS va plus loin en proposant une grille d'analyse en dix questions, de la catégorie revendiquée jusqu'à la communication auprès des clients, en passant par le calcul du seuil de 70 %.
Un point mérite d'être suivi. L'EFFAS compte sur les normes ESRS pour structurer les données des entreprises, alors que les participants de la table ronde de la SFAF craignent que leur simplification réduise justement l'information disponible. Pour les analystes, la réforme de SFDR et celle de la CSRD ne peuvent donc pas être lues séparément.