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01/06/2026 Emetteurs, Aéronautique-Défense-Espace et Sécurité

Passer d'une réflexion défensive à une économie de guerre

La 3ème édition du Paris Defence and Strategy Forum (PDSF) s'est tenue à l'École militaire du 24 au 26 mars 2026. Organisé par l'Académie de défense de l'École militaire, ce forum vise à permettre à la pensée stratégique française et européenne de s’exprimer sur les grandes questions de sécurité et de défense d’un monde où la conflictualité ne cesse de progresser. Antoine Nodet, responsable du groupe sectoriel Aéronautique-Défense-Espace et Sécurité de la SFAF, et Pascal Nigen, membre du groupe, y ont assisté.

Pendant trois jours, militaires, politiques, diplomates, chercheurs et industriels ont réfléchi et échangé sur les défis de la sécurité internationale autour des thèmes de la souveraineté, des alliances et des partenariats.
Cette édition du forum a débuté avec les allocutions d’Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants, et de Hanne Fugl Eskjær, ambassadrice du Danemark en France, le pays étant l'invité d'honneur du PDSF 2026.
Le triptyque thématique, souveraineté, alliances et partenariats, traduit la volonté d'aborder les transformations profondes de l’environnement stratégique sous un angle plus large, intégrant les nouvelles formes de coopération, les défis d'autonomie industrielle, et la résilience européenne. Les débats ont été structurés autour de trois piliers : les compétitions et conflictualités contemporaines ; l'évolution des alliances ; la souveraineté et l'innovation technologique et industrielle.

Plusieurs ruptures depuis le forum de 2025
L'élargissement du spectre des conflits actifs
Le PDSF 2026 s'est tenu dans un contexte géopolitique radicalement différent de celui de l'édition précédente. À la guerre en Ukraine, qui dure désormais depuis plus de quatre ans, s'est ajoutée la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février 2026. Ces deux conflits simultanés ont constitué la toile de fond de l'ensemble des discussions et ont radicalement changé la nature des débats et exposés du forum. Les échanges sont passés du domaine de la prospective ou de la planification à long terme à celui de l'urgence opérationnelle et industrielle. Le constat est unanime : les conflits contemporains consomment à un rythme élevé des munitions, des missiles, des systèmes de défense aérienne et des équipements et à un niveau nettement supérieur à celui anticipé.

Le désengagement américain : une politique engagée de longue date mais qui se poursuit dans un contexte de conflictualité croissante
La question de la fiabilité du parapluie américain, qui était encore un sujet d’interrogation lors des éditions précédentes, a acquis un caractère de quasi-certitude lors de cette édition. Le désengagement annoncé par le Président Clinton à la suite de la fin de la guerre froide et amorcé par le Président Obama, se poursuit sous la présidence de Donald Trump. En 2026, ce débat s'est cristallisé tant le pivot de l'Europe vers l'Asie et la Chine semble dominer de manière durable l'ensemble des élites et des politiques américains. Ce qui impose de repenser le réveil stratégique européen selon l’ensemble des intervenants mais en envisageant des actions différentes.

Le Danemark : symbole de ce changement d’ère
Le choix du Danemark comme pays à l'honneur de cette édition est particulièrement chargé de sens. L'évolution du contexte stratégique, marqué par le poids croissant de la menace russe et la poursuite du désengagement américain, en dépit du retour de la confrontation, a sonné le glas de la politique étrangère historique du Danemark. Le budget de la défense danois a été augmenté pour atteindre environ 3,2 % du PIB en 2025, dans le cadre d'un effort budgétaire de 47,9 milliards d'euros sur la période 2024-2033. C'est un signal fort adressé à toute l'Europe : même les nations traditionnellement les plus réticentes à l'effort militaire ont opéré une rupture complète avec leur culture stratégique d'après-guerre froide. Au-delà des plans pour équiper les forces danoises, le service militaire a été élargi aux femmes, comme dans la plupart des pays scandinaves ou de l’Europe orientale.

La question arctique, nouvelle ligne de front
Au cours du forum, l'amiral italien Cavo Dragone, président du comité militaire de l'OTAN, a participé à des débats couvrant une vaste gamme de sujets, à commencer par celui du Grand Nord. L'Arctique a émergé comme un théâtre stratégique de premier plan lors de cette édition, notamment dans le contexte des tensions autour du Groenland et de la compétition russo-sino-américaine pour les ressources et les routes maritimes du pôle Nord. Ce sujet, pratiquement absent des éditions précédentes, s'est imposé comme l'une des préoccupations majeures de la défense européenne pour les années à venir. Là aussi l’éclairage du Danemark est bien sûr central.

La mutation de l'OTAN et l'émergence d'un pilier européen
Deux constats principaux semblent partagés : la nécessité de construire un pilier européen au sein de l'OTAN, et celle de constituer une base industrielle et technologique de défense (BITD) européenne. Le premier pilier impose la constitution de forces armées, des réformes institutionnelles dans chaque pays européen, mais aussi des concertations entre les différentes diplomaties et les forces armées. Cela nécessitera de nombreuses années tant la tâche est rendue ardue par de profondes disparités. Quant à la construction de la BITD, si la France est autonome pour des raisons stratégiques, les autres pays européens devront modifier leurs politiques d’achat (plus des deux tiers des achats européens sont faits auprès de sociétés américaines). Quant à la France, du fait de la désindustrialisation connue depuis un quart de siècle et de contraintes réglementaires, mais aussi de la faiblesse de l’épargne disponible pour l’économie productive, il lui sera difficile de compléter sa BITD sur les domaines plus traditionnels tels que les munitions et les armes légères.

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