La directive Omnibus extrait la grande majorité des valeurs moyennes cotées du périmètre CSRD. Pour beaucoup, la tentation est grande : alléger, reporter, voire abandonner un effort de transparence extra-financière qui n’est plus formellement requis. L’étude que publie l’équipe Capital Markets Advisory de KPMG France, conduite sur les 73 SMID des compartiments B, C et Euronext Growth encore assujetties, apporte un éclairage utile à celles qui céderaient à cette tentation : le marché, lui n’a pas changé ses critères.
La réglementation a permis d’installer un socle minimal de transparence sans homogénéiser la qualité de l’information produite, ni permis aux entreprises de faire de l’ESG un véritable outil de dialogue avec le marché. Elle crée même un risque de banalisation pour les entreprises qui s’en tiennent à la stricte conformité sans ancrer leur communication ESG dans leur stratégie et leur modèle d’affaires.
Le silence se paie
Le volet qualitatif de l’étude, une série d’entretiens conduits début 2026 auprès d’analystes, de gérants et d’acteurs de place, livre l’enseignement le plus structurant. En l’absence de données ESG suffisantes, les investisseurs ne suspendent pas leur jugement : ils comblent les zones d’ombre par des hypothèses prudentes, mécaniquement pénalisantes pour l’émetteur. C’est d’autant plus concret que les gérants sont eux-mêmes soumis à des obligations réglementaires, notamment au titre de la SFDR, qui peuvent les conduire à écarter des émetteurs, faute d’information suffisante et indépendamment de tout jugement sur leurs fondamentaux.
Cette mécanique s’applique autant pour les entreprises dans le périmètre CSRD que pour celles qui en sont désormais exclues. La frontière réglementaire, souligne l’étude, n’a aucune pertinence opérationnelle pour les investisseurs.
Des pratiques encore insuffisantes dans le dialogue analystes/investisseurs
Les chiffres du benchmark le confirment : le dialogue direct entre SMID et analystes/investisseurs sur les sujets ESG reste structurellement sous-développé. Capital Market Days trop rares, part de l’ESG marginale quand ils existent, roadshows dédiés inexistants. Le décalage est net entre l’importance accordée à ces sujets dans les processus d’analyse/d’allocation et leur quasi-absence des temps forts du dialogue financier formalisé.
Or, c’est précisément dans cet échange direct que l’information prend son sens, non dans le volume du reporting mais dans la capacité à rendre la trajectoire lisible.
Un socle pragmatique, pas une usine à gaz
L’étude ne prône d’ailleurs pas davantage de reporting. Elle pointe ce qui manque vraiment ; un reporting utile. Pour les spécialistes des valeurs moyennes interrogés, la lisibilité d’un nombre limité d’indicateurs matériels et la clarté de la gouvernance comptent davantage que l’exhaustivité d’un reporting normatif.
Pour les SMID tentées de réduire leur communication extra-financière, la lecture de l’étude est éclairante : l’ESG n’est plus un chapitre additionnel ou un exercice de style. Pour les valeurs moyennes, y compris - et peut-être surtout - pour celles qui ne sont plus directement assujetties, c’est au contraire le moment d’embrasser pleinement ces sujets et de les inscrire au cœur du récit d’entreprise. L’enjeu est d’intégrer pleinement l’ESG à la stratégie, au business model et à l’equity story même de l’émetteur.
Cette étude est préfacée par Florence Priouret, présidente de la SFAF. Pour la recevoir au format PDF, merci d'envoyer votre demande à contact@sfaf.com.
A noter : la SFAF réunira dans ses locaux analystes, gérants et émetteurs pour en discuter le lundi 6 juillet à 11h.