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29/07/2026 Comptabilité

IFRS 18 : une nouvelle présentation des états financiers au service de la comparabilité… mais encore des défis pour les analystes

À compter du 1er janvier 2027, IFRS 18 remplacera IAS 1 pour encadrer la présentation des états financiers des sociétés appliquant les normes IFRS. Sans modifier les principes de comptabilisation ou d'évaluation, cette nouvelle norme fait évoluer en profondeur la manière de présenter la performance financière des entreprises.

Au cœur de cette réforme figure un objectif clair : améliorer la comparabilité et la lisibilité des comptes pour les investisseurs et les autres utilisateurs de l'information financière.
Bertrand Allard et Jacques de Greling, co-présidents de la commission Comptabilité de la SFAF, sont revenus sur les éléments de cette réforme au cours d’une conférence le 8 juillet.

Une norme qui répond à une attente de longue date
Depuis plusieurs années, les analystes financiers soulignent les limites de la présentation actuelle du compte de résultat, sujet couvert par la norme IAS 1, qui n’impose pas grand-chose. L'absence, dans IAS 1, de définition harmonisée de certains soldes intermédiaires, et tout particulièrement du résultat opérationnel, a amené une multiplication d'indicateurs "ajustés" propres à chaque entreprise, rendant les comparaisons particulièrement complexes, voire impossibles.
IFRS 18 constitue la réponse de l'IASB à ces préoccupations. Après plusieurs années de consultations, le normalisateur international a privilégié une approche pragmatique : améliorer la présentation du compte de résultat plutôt que remettre en cause les concepts fondamentaux et l’architecture globale.

Une nouvelle structure du compte de résultat
La principale évolution réside dans la création d'une structure plus standardisée du compte de résultat, organisée autour de trois catégories : les activités opérationnelles, les activités d'investissement et les activités de financement. La norme introduit également de nouveaux sous-totaux obligatoires, dont un résultat opérationnel désormais défini selon des principes communs. Cette évolution devrait faciliter la comparaison entre sociétés et renforcer la cohérence des analyses financières. Cependant, certaines classifications retenues pourront surprendre les utilisateurs. Par exemple, les produits générés par la trésorerie sont désormais présentés dans la catégorie "Investissement", tandis que les charges d'intérêt demeurent dans la catégorie "Financement". Il n’y aura donc plus de résultat financier net. Ces choix traduisent une logique encore fondée sur la distinction entre actifs et passifs, davantage qu'une approche économique de l'activité.

Les indicateurs alternatifs mieux encadrés et regroupés dans une note, dans l’annexe
L'une des avancées majeures d'IFRS 18 concerne les Management Performance Measures (MPM), c'est-à-dire les indicateurs de performance définis par les entreprises elles-mêmes.
Désormais, lorsqu'une société communique un indicateur ajusté – par exemple un EBITDA retraité –, elle devra en expliquer le calcul, justifier son utilité, le rapprocher d'un agrégat IFRS et présenter les impacts fiscaux ainsi que les effets sur les intérêts minoritaires. Ces informations figureront dans une note spécifique des états financiers et feront donc l'objet d'un audit.
Cette évolution contribue à renforcer la transparence de la communication financière et limite le risque d'utilisation d'indicateurs difficilement comparables d'une entreprise à l'autre.
Cependant, le champ des MPM reste limité aux seuls soldes intermédiaires du compte de résultat, alors que les obligations de réconciliations imposées dans l’UE par l’ESMA, dès 2015, couvrent aussi des termes comme free cash-flow, dette nette, ou rentabilité des capitaux investis… aux définitions quelquefois très changeantes d’un groupe à l’autre.

Des progrès… mais des limites persistantes
Si IFRS 18 constitue une avancée importante, plusieurs points continuent de susciter le débat.
La norme maintient notamment la possibilité de présenter les charges par fonction plutôt que par nature. Or, de nombreux analystes estiment que la présentation par nature offre une information plus détaillée, plus objective et plus comparable, tandis que la présentation par fonction repose largement sur des clés de répartition propres à chaque entreprise, rendant toute comparaison illusoire. Et, surtout, la présentation par nature permet de relier le compte de résultat, avec des éléments du bilan et du tableau de flux de trésorerie, ce qu’une présentation par fonction ne permet jamais. La norme a même introduit la possibilité, bien surprenante, de présenter sa structure de coûts d’une manière mixte (mélange de fonction et nature), ce qui n’existait même pas dans IAS 1. Les disclosures par nature, pourtant obligatoires dans le projet de norme (Exposure Draft), ont disparu au dernier moment du texte final d’IFRS 18. Ces informations restant indispensables pour bien comprendre les entreprises et bien les comparer, c’est le grand point faible d’IFRS 18, et il faudra revenir sur cette reculade dans les prochaines années.
Par ailleurs, la définition même de l'activité opérationnelle demeure fondée davantage sur l'exclusion des autres catégories que sur une définition économique précise, laissant subsister une part de jugement.
Enfin, le Board de l’IASB n’a pas souhaité introduire de critères permettant de qualifier les éléments « inhabituels », préférant laisser les entreprises les identifier si elles le jugent utiles. C’est dommage, alors même que la recommandation de l’Autorité des normes comptables sur la présentation du compte de résultat était bien comprises des analystes et entreprises et permettait de mieux apprécier la performance opérationnelle récurrente des émetteurs et son évolution.

Anticiper dès aujourd'hui la transition
Au-delà de la refonte du compte de résultat, IFRS 18 implique également une évolution des annexes, de la communication financière et parfois des systèmes d'information.
Les entreprises devront identifier les indicateurs concernés, adapter leurs processus de reporting et préparer les informations comparatives qui accompagneront la première application de la norme en 2027. Cela devra s’accompagner d’une communication au marché bien en amont de l’entrée en vigueur : ce processus devrait se matérialiser au S2 2026.
Si IFRS 18 ne modifiera pas la performance économique des entreprises, elle changera incontestablement la manière dont cette performance sera présentée, expliquée et analysée. Pour les directions financières comme pour les investisseurs, cette réforme constitue une étape importante vers une information financière plus lisible, plus transparente et, à terme, plus comparable.

La présentation diffusée lors de cette conférence est disponible via ce lien, en accès réservé aux membres de la SFAF. Dans la vidéo ci-dessous, Jacques de Greling revient sur les points suivants :

  • les changements pour la présentation du compte de résultat avec la nouvelle norme IFRS 18
  • les points faibles de la norme
  • les changements et leur échéance