À l'heure où le périmètre d'application de la CSRD évolue sous l'effet de la directive Omnibus, une question s'impose : les attentes des investisseurs en matière d'information ESG diminuent-elles pour les Small & Mid Caps ?
C'est à cette question qu'a répondu la table ronde organisée autour de l'étude menée par KPMG en partenariat avec la SFAF. En croisant l'analyse des pratiques de 73 sociétés cotées et les retours d'investisseurs, gérants et analystes, un constat s'est imposé : si les exigences réglementaires évoluent, les attentes du marché, elles, restent élevées.
Cette table-ronde a réuni Florence Priouret, présidente de la SFAF, Jean-Philippe Desmartin, directeur Investissement Responsable chez Edmond de Rothschild Asset Management et coprésident de la commission ESG de l’EFFAS, Arnaud Riverain, analyste financier et cofondateur de GreenSome Finance, Baptiste Salaville, analyste chez ODDO BHF, et Julien Trouillet, expert ESG chez KPMG Capital Markets Advisory. La table ronde a été modérée par Isabelle Aprile, experte en communication financière des Small et Mid Caps chez KPMG Capital Markets Advisory, qui a également présenté l’étude sur la communication ESG des Small & Mid Caps.
L'ESG est désormais intégré à l'analyse fondamentale
Premier enseignement majeur : l'ESG n'est pas seulement considéré comme un exercice de reporting ou de conformité. Les investisseurs l'utilisent comme un véritable outil d'analyse de la qualité du management, de la gouvernance, de la résilience du modèle d'affaires et des risques susceptibles d'affecter la création de valeur.
Pour les analystes, les informations ESG alimentent les hypothèses de valorisation, permettent d'évaluer la robustesse d'une stratégie et contribuent à apprécier la capacité d'une entreprise à faire face aux évolutions de son environnement.
Dans ce contexte, le fait qu'une entreprise soit ou non soumise à la CSRD apparaît finalement secondaire : ce qui importe est la qualité de l'information disponible.
L'absence d'information est interprétée comme un risque
Les échanges ont également mis en évidence une idée largement partagée : lorsqu'une entreprise communique peu, les investisseurs ne suspendent pas leur analyse. Ils complètent les informations manquantes à partir de données externes, d'hypothèses ou de comparaisons sectorielles.
Autrement dit, le silence informationnel crée de l'incertitude. Il peut être interprété comme un manque de maîtrise des enjeux ou de pilotage, avec des conséquences concrètes sur la notation ESG, la couverture des analystes ou encore l'accès au financement.
À l'inverse, une communication transparente, même lorsqu'elle met en évidence des marges de progression, renforce la crédibilité d'une entreprise dès lors qu'elle s'inscrit dans une trajectoire cohérente.
Les investisseurs ne demandent pas davantage de données
L'un des résultats les plus marquants de l'étude est sans doute celui-ci : le marché ne réclame pas une inflation des indicateurs ESG.
Ce que recherchent les investisseurs est avant tout une information exploitable. Quelques indicateurs matériels, pertinents pour le secteur d'activité, clairement reliés au modèle économique de l'entreprise, auront davantage de valeur qu'un reporting exhaustif mais difficile à interpréter.
La cohérence entre les enjeux de durabilité, les priorités stratégiques et les décisions de management apparaît aujourd'hui comme le véritable facteur différenciant.
De la conformité à la crédibilité
Les intervenants ont convergé vers une même définition d'une communication ESG crédible.
Elle repose sur trois piliers : une gouvernance clairement engagée sur les sujets de durabilité, des indicateurs limités mais réellement matériels, et une trajectoire explicitée dans le temps, avec des objectifs, des arbitrages et des progrès régulièrement commentés.
Cette logique de trajectoire est essentielle. Les investisseurs n'attendent pas la perfection. Ils souhaitent comprendre où l'entreprise se situe aujourd'hui, où elle souhaite aller et comment elle compte y parvenir.
Faire de l'ESG un véritable sujet de dialogue
Enfin, la table ronde a souligné que la communication ESG ne pouvait plus se limiter à un rapport annuel.
Les dirigeants sont désormais attendus sur leur capacité à intégrer ces sujets dans leurs présentations investisseurs, leurs Capital Markets Days ou leurs échanges réguliers avec le marché. Le dialogue permet de contextualiser les indicateurs, d'expliquer les choix stratégiques et de démontrer la manière dont les enjeux ESG contribuent à la performance de long terme.
Pour les Small & Mid Caps, cet enjeu est d'autant plus important que nombre d'entre elles disposent déjà d'informations ESG produites pour répondre aux demandes de leurs grands clients ou partenaires financiers. L'enjeu consiste désormais à valoriser ces informations dans leur communication financière.
Un changement de paradigme durable
Au-delà des évolutions réglementaires, la principale conclusion de cette étude est claire : le débat ne porte plus sur l'obligation de publier des informations ESG, mais sur la capacité des entreprises à produire une information pertinente, compréhensible et directement exploitable par le marché.
Pour les Small & Mid Caps, l'objectif n'est donc pas de reproduire les pratiques des grandes entreprises, mais de construire une communication proportionnée, cohérente et ancrée dans leur stratégie. Car aujourd'hui, la confiance des investisseurs se construit moins par le volume d'informations publiées que par leur capacité à démontrer la solidité du modèle d'affaires et la crédibilité de la trajectoire de création de valeur.