Accès rapide

Le reporting ESEF/XBRL et ses opportunités

Annoncée depuis plus d’une dizaine d’années, une petite révolution s’est opérée au cours des premiers mois de l’année 2021 quand plusieurs centaines de sociétés cotées européennes sur les marchés réglementés ont communiqué leurs états financiers au format ESEF (European Single Electronic Format) sous la forme de fichiers de type in line XBRL ou iXBRL lisible à la fois par les machines et par l’homme, grâce à tous les navigateurs internet standards. Explications dans un article cosigné par Stéphane Bellanger, Mathieu Dierstein, Eric Galiègue et Nicolas d’Hautefeuille, membres de la commission Evaluation de la SFAF.

Version intégrale de l’article initialement publié le vendredi 10 septembre 2021 dans Analyse financière, la lettre électronique de la SFAF, disponible via ce lien.

Edictée par l’ESMA, l’Autorité européenne des marchés financiers, pour une application aux exercices ouverts en 2020, l’obligation de fournir les rapports financiers annuels sous cette forme avait été repoussée à 2021. Cependant, en France, sur les 500 sociétés cotées concernées, près de 170 d’entre elles se sont soumises volontairement à l’exercice, souvent assistées par des équipes spécialisées externes, avec finalement, pour 76 d’entre elles, un dépôt de leurs états financiers officiels 2020 auprès de l’Autorité des Marchés Financiers.
Pour les prochains exercices, la production de ces fichiers sera donc obligatoire pour toutes les sociétés cotées sur un marché réglementé. Ils comprendront en outre les données des notes accompagnant les comptes.
Dans d’autres pays d’Europe, comme l’Allemagne, l’Autriche, la Finlande ou la Tchéquie, la production de ces fichiers était demeurée obligatoire ; c’est ainsi que de nombreux états financiers ESEF sont déjà disponibles et gratuitement accessibles.
Le processus est irréversible et tous les utilisateurs de données financières et extra-financières doivent se préparer à l’utilisation de ces fichiers. Même si la communication des états financiers sous la forme de flux iXBRL sera accompagnée concomitamment (mais pour combien de temps ?) de rapports « papier » et de PDF disponibles sur les sites web des émetteurs, le principal vecteur d’information sera le flux iXBRL, au format ESEF, élaboré par l’émetteur, certifié par ses auditeurs et déposé auprès d’une instance nationale habilitée (l’AMF pour la France). A court terme, seuls officiels, ces fichiers seront transmis à leur tour par ces instances nationales en un lieu central unique (ESAP -European Single Access Point).
A l’instar d’EDGAR depuis de nombreuses années aux Etats-Unis, l’Europe, au travers de l’ESMA, est en voie de se doter d’une base assise sur une technologie des plus modernes regroupant les données financières, et bientôt extra-financières, de toutes les sociétés cotées sur ses marchés réglementés.

Un des principaux enjeux du choix de ce mode de communication est, bien sûr, de ne pas dénaturer les données « source » et de permettre leur restitution fidèle à tous leurs utilisateurs.
Dans la construction des flux in line XBRL, une étape clé est le mapping, qui consiste à associer à chaque donnée devant être publiée un élément de la taxonomie XBRL mise à jour et communiquée chaque année par l’ESMA.

Cette taxonomie laisse parfois des degrés de liberté aux préparateurs des flux dans le choix des balises sélectionnées. Le format ESEF laisse également la possibilité de créer des extensions avec l’introduction de balises ad hoc pour des postes « spécifiques ».
“Preparers shall mark-up disclosures using the taxonomy element having the closest accounting meaning to the marked-up disclosure; if the closest taxonomy element misrepresents the accounting meaning of the disclosure, issuers shall create a so-called extension taxonomy element and anchor such extension to the core taxonomy element that has the closest accounting meaning” (ESMA).
Ces souplesses de transcription des comptes peuvent avoir des effets indésirables pour une bonne comparabilité de certains postes des comptes d’émetteurs exerçant (ou non) des activités voisines. A cet égard, on peut se réjouir que, sous l’égide de l’association XBRL France, des cabinets d’audit, des prestataires de services iXBRL et certains émetteurs participent à des groupes de travail pour définir des règles complémentaires de bonne pratique afin d’éviter ces écueils.
Il y a ici une opportunité unique pour la parfaite mise en correspondance des données et leur comparabilité. On peut citer parmi les problématiques celles du « Revenu » et des immobilisations et dotations aux amortissements dans le cadre de la norme IFRS 16, premiers sujets du groupe de travail « mapping » de XBRL France.
La mise à jour annuelle de la taxonomie devrait permettre de réduire encore les risques d’alignements erronés, notamment en l’enrichissant de nouveaux items.
Bien sûr, i-XBRL ne résoudra jamais les problèmes de la comptabilité concernant la définition, la pertinence et l’exhaustivité des données et celles de leur comparabilité selon les normes utilisées. Mais, s’il est bien documenté, sa richesse pourrait permettre l’établissement de quelques passerelles utiles.
iXBRL n’est cependant qu’un simple moyen de communication digitale de l’information.
Les analystes doivent impérativement se familiariser avec les possibilités offertes par cette technologie.
Le premier bénéfice attendu est un gain de temps important dans la préparation des grilles d’analyse des données financières.
Même si, aujourd’hui, l’appropriation des données par les analystes est facilitée par leur saisie manuelle et leur agencement préalablement à l’analyse proprement dite, les imports instantanés de fichiers, sans risque d’erreurs, permettront aux analystes d’allouer une plus grande part de leur temps à l’analyse proprement dite des données.
La disponibilité de ces états financiers sous cette nouvelle forme et la simplicité d’intégrer ces états dans les grilles d’analyse permettra de couvrir de larges échantillons de sociétés comparables européennes sans efforts démesurés.
S’agissant de l’amplitude des séries chronologiques, les premiers fichiers ne couvrant que deux exercices, le passé plus lointain ne pourra être couvert dans un premier temps que par les anciennes saisies « traditionnelles ».
Sur le fond, l’intérêt des fichiers iXBRL sera sensiblement accru par l’introduction et le balisage des données ESG. En effet, l’Union Européenne a confié à l’EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group) les définitions de standards et d’une taxonomie ESG, dont un premier projet est prévu pour la mi-2022. Cette intégration sera d’un grand intérêt pour les analystes, qui pourront facilement élargir le champ de leurs travaux avec les données ESG.
La possibilité de calculs sur des masses très importantes de données permettra la prise en compte d’indicateurs plus adaptés et pertinents pour certaines analyses.
Les soldes intermédiaires de gestions et ratios pourront être recalculés avec un niveau de détail inégalé et les calculs seront possibles de manière quasi instantanée lors de la mise à disposition des comptes par l’entreprise et, comme déjà mentionné, sur un univers très large en termes de comparabilité.
La technologie XBRL permettant la transmission d’un grand nombre de données et leur traitement automatique, il sera désormais possible de rapprocher plus significativement les soldes intermédiaires de gestion et les ratios dans chacune des normes (US GAAP et IFRS).
En effet, pour comparer la dette nette, le cash-flow, le résultat net ou le résultat d’exploitation d’une entreprise, l’analyste a besoin de retraiter plusieurs centaines de lignes comptables, nombre qui est porté à plusieurs milliers si le but est d’intégrer une due diligence exhaustive sur les spécificités liées aux écarts entre normes IFRS et US GAAP.
Indéniablement, la diffusion large de cette nouvelle technique d’extraction pour les données financières et extra-financières constitue un progrès majeur.
Si cette révolution digitale offre des opportunités majeures pour tout l’écosystème de l’investissement, elle comporte aussi des risques.
Le risque majeur est que les techniciens de la digitalisation préemptent le sujet de la taxonomie XBRL. Dans ce schéma, le rôle de l’analyste financier sera minimisé, dans la mesure où il perdra le contrôle d’une partie essentielle de son expertise, à savoir la recherche et la compilation de données comptables pour les retraiter et en sortir des agrégats plus significatifs et comparables dans le temps et dans l’espace. Cette crainte de la minimisation du rôle des analystes financiers remplacés par des algorithmes, voire des « robots », est réelle.

On ne peut que vivement appeler la communauté des analystes à rejoindre les ateliers existants pour faire entendre son point de vue au cours des travaux sur l’utilisation des nomenclatures/taxonomies XBRL et s’approprier rapidement cette nouvelle forme de source d’informations financières et extra-financières.

analysefinanciere@sfaf.com

La SFAF est à l’initiative de MiFIDVision + d'infos
Nous suivre : Twitter Linkedin