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Communication 30 juin 2020 et Covid-19 :
la SFAF rappelle quelques principes clés

Le 25 juin 2020.

Dans cette note, la SFAF rappelle quelques principes pour aider les entreprises à relever le défi de la communication des comptes semestriels (au 30 juin 2020) dans un contexte d’incertitude lié à la crise du Covid-19.
Il s’agit tout particulièrement  de cerner/définir ce qu’est une « information fiable, aussi spécifique et détaillée que possible », comme l’indique l’AMF dans sa communication du 20 mai.

Comment communiquer dans cette période d’incertitude ?
La SFAF a bien conscience de la difficulté de l’exercice pour les émetteurs. Aussi, pour compléter les recommandations de l’AMF, il nous semble utile de rappeler que les marchés ont besoin d’une information transparente et pertinente.

Pour cela, la SFAF a jugé utile, en s’appuyant sur le manuel de l’évaluateur, publié en septembre 2019 par la commission Évaluation de la SFAF, de rappeler comment les informations communiquées par l’entreprise sont prises en compte dans l’évaluation et de préciser, avec des exemples simples, les informations pertinentes dans le contexte actuel d’incertitude. En effet, l’évaluation passe d’abord par une parfaite connaissance de l’entreprise et des mécanismes de formation des profits. Cette connaissance porte sur les dimensions financières, extra- financières et immatérielles de l’entreprise. Ce qu’elle possède et la façon dont elle se comporte doivent être intégrés dans l’exercice de l’évaluation.

Un stress test pour certaines industries
Plus le secteur de l’entreprise est touché par la crise (ie aérien, aéronautique, automobile, tourisme…), plus la communication devra être précise et étayée.
La crise sanitaire et la contraction d’activité, qui en découle pour la plupart des secteurs d’activité, constituent un « stress test » réel grandeur nature. En effet, les deux notions « Equity » et « Crédit » deviennent indissociables car la continuité de l’entreprise (ou Going concern) est la première information à donner au marché.
Cette information est importante sur le plan de la préparation des comptes car si elle n’est pas confirmée les comptes doivent représenter la valeur liquidative de l’entreprise. Elle est aussi majeure pour l’analyse financière c’est pourquoi les émetteurs doivent fournir une information détaillée sur l’impact de la crise sur leur activité/secteur, leur capacité financière et leur accès à la liquidité.

Impact de la crise Covid : sur les inputs et la rentabilité
Une évaluation n’est jamais la simple projection de résultats passés, mais une appréciation du futur. Or, cette dernière nécessite une analyse approfondie et quantitative des risques que l’entreprise va rencontrer dans un environnement qui reste complexe et incertain.
En effet, parmi les données utiles à la modélisation, toute information comptable et extra-comptable permettant de définir la nature permanente-récurrente ou transitoire-exceptionnelle des flux est une question cruciale pour l’évaluateur. Dans cette période d’incertitude, l’évaluateur a besoin de comprendre le caractère transitoire ou permanent de la crise (ce n’est pas nouveau !) sur la capacité à générer des flux financiers, sur les critères ESG et, enfin, sur la liquidité.
Pour le semestriel 2020, il est important de comprendre les impacts passés (performance du premier semestre 2020) mais aussi de pouvoir analyser comment le second semestre 2020 et les années futures pourront être impactés.
En quoi la crise du Covid-19, modifie de façon durable – permanente ou non – la capacité bénéficiaire de l’entreprise ? Cette information doit porter sur la baisse d’activité et mais aussi sur l’impact sur les marges (i.e. augmentation des coûts liée aux mesures sanitaires).
Par exemple :

  • L’impact sur le chiffre d’affaires ;
  • Le coût durable de mesures sanitaires à prendre ;
  • La réorganisation et possible allongement des procédures de production (voire baisse de la productivité) ;,
  • Le « rapatriement » de certains productions sensibles ;
  • L’internalisation de production auparavant sous- traitées ;
  • L’impact du chômage partiel.

Il ne s’agit pas de donner de la Guidance au sens règlementaire du terme mais d’être transparent sur les scenarii envisagés (voir Test impairment infra) et d’être spécifique à l’entreprise et non « Boiler plate ».

Ne pas oublier l’ESG
En complément de ces chiffres, il convient de noter que, comme le souligne le manuel de l’évaluateur : « Une entreprise, c’est un bilan et un compte de résultats, mais c’est aussi et surtout une gouvernance, c’est-à-dire un conseil d’administration, une équipe dirigeante et un actionnariat qui collectivement déterminent le projet et les moyens de le réaliser ».
En effet, dans ce contexte de crise, l’évaluation doit porter une attention toute particulière à la gouvernance de l’entreprise et à la stratégie mise en œuvre. Même dans un environnement économique favorable, un bon capital immatériel et financier peut amener à de très mauvaises performances de l’entreprise, si elle met en œuvre une stratégie totalement inadaptée via une gouvernance inefficace. Dans la crise actuelle, cela peut être encore plus flagrant !
La communication sur les critères dits ESG et les risques particuliers peut, si pertinent, porter par exemple sur :
→ La Gouvernance :

  • Quel a été le rôle du Conseil d’administration dans la gestion de la crise, quelles ont été ses relations avec l’équipe dirigeante ?
  • Quelle a été la capacité à s’adapter, quelle sera l’organisation future ?
  • Quelle est la nouvelle cartographie des risques ?

→ La gestion des équipes :

  • Quelle a été la capacité des équipes dirigeantes à mobiliser les salariés, à établir la confiance et à organiser le travail ?
  • Certaines pratiques développées pendant la crise peuvent également s’avérer pérennes (télétravail…), quelles sont-elles ?
  • La crise a-t-elle fait apparaître de nouveaux risques sociaux ?
  • Quelles mesures avez-vous dû prendre selon les pays (chômage partiel, en compensant ou non la rémunération…), pour combien de salariés ?
  • Des pays, ou régions, ont-ils plus particulièrement été affectés par des décès ? Lesquels ?
  • Avez-vous mis en place un outil de suivi du bien-être psychique des équipes ?
  • Pouvez-vous fournir des indicateurs de « retour à la normale » au 30 juin ?

→ Les Relations fournisseurs :

  • L’entreprise a-t-elle soutenu ses fournisseurs, quid du devoir de vigilance en situation de crise ?
  • Va-t-elle relocaliser une partie de sa production ?
  • Va-t-elle modifier son sourcing, relocaliser ou diversifier ses approvisionnements ?

→ Le Positionnement produit :

  • La modification des comportements sociétaux va-t-elle avoir une influence sur le portefeuille de produits et services ?
  • Dans une stratégie de diversification, l’entreprise va-t-elle multiplier les produits et services à cycle de production complémentaires et à risques différents ?

→ La gestion du numérique /la gestion du système d’information ?

  • Quelles mesures ont- été prises contre le risque accru de cyberattaques ?
  • Quels investissements sont nécessaires pour favoriser le télétravail et la continuité des opérations dans de bonnes conditions ?

Impact sur la structure financière
Dans cette période de crise, la communication sur la structure financière au 30 juin 2020 et l’accès aux liquidités est centrale. L’analyste a besoin d’informations qualitatives comme :

  • L’engagement financier des actionnaires ;
  • L’octroi d’un PGE (montant, taux, échéance) ;
  • Le cash disponible (c’est -à-dire en excluant le cash restreint), lignes bancaires confirmées et non tirées ;
  • L’échéancier des passifs financiers ;
  • La dette IFRS 16, report ou annulation de loyers (l’amendement IFRS 16 qui prévoit un traitement ad hoc des annulations de loyers prévoir également une information transparente le sujet) ;
  • Le respect des covenants ;
  • La gestion du BFR :
    • e. délai de paiement des dettes fournisseurs ;
    • e. retard de paiement des clients ;
    • mise en place de programmes de cessions de créances ;
    • report des échéances charges sociales, fiscales ;

Ces informations doivent être, si possible, complétées avec un horizon temporel. Rappelons que la continuité d’exploitation ou « Going concern », qui est un concept comptable (voir infra), s’apprécie sur une durée de 12 mois.

Test d’impairment
Le test d’impairment fait l’objet d’un long développement de la part de l’AMF.
En préalable, rappelons ce que la SFAF a écrit sur IFRS 3 : “A key point regarding impairment tests is that this regular calculation is done by the company itself, using its own assumptions (most of them not being disclosed). All seasoned analysts know how flexible are, some valuation methods like discounted cash flows, relying on numerous different assumptions…… In some instances, we have encountered impairment test where, just a rule of three, or even a simple rule of thumb, indicates that the implied fair values used are patently inflated.”
Ce scepticisme par rapport à la valeur informative des tests d’impairment est largement partagé par les analystes (cf Discussion Paper :  Business Combinations—Disclosures, Goodwill and Impairment publié par l’IASB en mars 2020).
Quelles sont les informations utiles pour le marché :

  • L’identification d’un ou de plusieurs indices de perte de valeur, comme rappelé par l’AMF en cohérence avec les autres informations communiquées au marché ;
  • La profondeur de cet(s) indice(s) : est(sont)-il(s) conjoncturel(s) ? si oui combien de temps ou structurel(s) ?

Comme l’indique l’AMF, « une transparence est attendue dans les comptes, et selon leur importance, dans les communiqués de presse, sur les hypothèses clés retenues par la direction (période attendue de retour à des flux pré épidémie, appréciation des impacts sur la durée du plan d’affaires et dans la détermination de la valeur terminale, incertitudes existantes, etc.) et les explications des variations significatives des hypothèses clés par rapport aux derniers tests réalisés ».
En complément de la recommandation de l’AMF, nous pensons utile de citer la recommandation de l’ESMA du 20 mai et, en particulier, la phrase soulignée en gras dans l’extrait suivant : « ESMA notes that determining the recoverable amount in the current uncertain environment requires a careful assessment of the cash-flow projections over a relevant horizon. Such projections may require, especially in the current circumstances and depending on the level of risk associated with the asset being tested, the consideration of multiple scenarios. The weighting of the different scenarios needs to be calibrated on the basis of reasonable, supportable and realistic estimates and assumptions, in order to avoid the risk of overly optimistic or pessimistic biases.”
Dans tous les cas, des calculs sans aucune information sur les hypothèses clés retenues et leur sensibilité sont des boîtes noires sans intérêt. Une information sur l’importance de l’écart entre la valeur recouvrable et la valeur comptable de l’UGT (Unité Génératrice de Trésorerie) ou du groupe d’UGT avant l’épidémie de Covid-19 nous semble dans tous les cas une information plus pertinente que des calculs qui se basent sur des hypothèses non vérifiables.  En effet, la valeur recouvrable, et donc le « Headroom » au 31 décembre 2019, est à notre avis une information pertinente qui peut servir de socle à l’analyste.  Prenons un exemple simple : si une entreprise a évalué la valeur d’utilité à 4 fois supérieure à la valeur comptable au 31 décembre, on pourrait estimer simplement (« Rule of thumb ») qu’une baisse temporaire de 50 % de son activité ne conduira pas à une perte de valeur. Dans ce contexte, toute information sur la valeur terminale est également plus que bienvenue. Rappelons que la transparence permet de réduire la prime de risque !

Quel est le taux d’actualisation utilisé ?
Comme le rappelle l’AMF, « face au manque de visibilité, au-delà de la mise à jour des taux pour refléter les conditions de marché à la date d’arrêté, les risques non déjà intégrés dans les flux pourraient être reflétés dans une hausse de la prime de risque retenue pour la détermination du taux d’actualisation ».
Sur cette question également, la SFAF souhaite la plus grande transparence de la part des émetteurs, notamment en ce qui concerne l’estimation du risque et son arbitrage entre la prise en compte dans le taux ou les cash-flows.

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