Actionnariat individuel, le défi du rajeunissement

De 7 millions en 2007, le nombre d’actionnaires individuels est passé à 3 millions en 2016(1) alors que l’épargne des Français avoisinerait 4 500 milliards d’euros. Ce constat a fait couler beaucoup d’encre ces derniers mois, avec notamment une montée au créneau de l’Association nationale des sociétés par actions (ANSA) qui a souligné les pressions fiscales(2). La période des élections présidentielles puis législatives a également fait la part belle au risque inhérent quant au manque de financement de l’économie à long terme.

« La concentration de l’actionnariat des sociétés cotées vers les investisseurs institutionnels semble irréversible », écrit ici Jean-Yves Léger, consultant en communication financière et ex-administrateur de la SFAF (voir l’article). À l’origine de cette évolution réside la volonté de réduire les coûts de la communication à destination de la cible d’actionnaires individuels trop éclatée dont les comportements diffèrent de celui des institutionnels (voir l’article). Mais un autre phénomène touche aux modes de financement de l’économie marqué notamment par l’essor du marché obligataire pour les plus grandes sociétés et celui du financement participatif pour les petites entreprises et start-up.

Tant pour les représentants des institutions de Place que pour les auteurs académiques qui s’expriment dans ce dossier, une solution résiderait dans l’éducation financière et un meilleur dialogue avec les « petits porteurs », dialogue souvent délaissé après la période des privatisations des années 1985-1990 puis lors des bulles et crises financières des années 2000 et 2010.

Mais le monde change et capter la génération Y, pour qui la notion du temps est différente de celle de leurs aînés, demande d’utiliser leurs moyens de communication : réseaux sociaux, outils collaboratifs, start-up week-end (voir l’article). Certaines sociétés ont déjà pris ce virage (voir le cas de BNP Paribas et de Total) et d’autres s’interrogent. Si trouver la bonne place des technologies pour mieux communiquer avec les actionnaires n’est pas chose aisée, le jeu devrait en valoir la chandelle. À défaut, le risque est de voir le capital des entreprises françaises trop largement détenu par des investisseurs institutionnels étrangers, ce qui tend à multiplier des situations sociales conflictuelles nuisibles à la croissance des sociétés et favorise des expatriations de jeunes soucieux d’être des acteurs de l’économie. Quand la question de l’épargne rejoint celle de la confiance…

Michèle Hénaff,
Rédactrice en chef de la revue Analyse financière

(1) Et de 3,7 millions à 3 millions en deux ans.
(2) « Actionnariat en France – Agissons d’urgence pour la croissance ». Livre blanc de décembre 2016. www.ansa.fr

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